choix des dirigeants et dirigeantes, incarnations de l’organisation politique. Il n’y a pas d’organisation politique «en soi»: la parole de celles et ceux qui s’expriment en son nom n’est pas, justement, désincarnée. La question se pose d’autant plus aujourd’hui. On se souvient que le «premier secrétariat» d’Harlem Désir n’avait guère brillé par son dynamiste et nécessité son exfiltration au Gouvernement pour rendre possible son remplacement par Jean-Christophe Cambadélis. Inversement, dans le PS d’Épinay, nul doute que la personnalité de François Mitterrand a pesé. Mais cette «direction humaine» est aussi marquée par la collégialité et l’existence d’écuries. Vainqueur de justesse à Épinay face à Alain Savary, François Mitterrand (nous y reviendrons bientôt) s’est affirmé en porteur d’un projet politique fondé sur une gauche unie, mais rééquilibrée. Sa majorité initiale était hétéroclite. Elle allait de l’extrême gauche du parti (du CERES de Jean-Pierre Chevènement de l’époque) à sa droite qu’incarnait Gaston Defferrre, farouche anticommuniste et ex-espoir d’un aggiornamento de la Troisième Force avec le projet avorté de Grande Fédération liant la SFIO au MRP (parti centriste d’inspiration démocrate-chrétienne. Mais le projet était un projet de conquête, porté par une espérance collective et des gains électoraux conséquents (parlementaires et municipaux) sur lesquels le Parti socialiste a construit son assise pour trente à quarante ans grâce à une génération montante favorisant, hormis quelques bastions anciens (Nord–Pas-de-Calais, Bouches-du-Rhône) un renouvellement des cadres suffisamment sensible. La difficulté pour le Parti socialiste est que son mode de fonctionnement actuel facilite la dispersion sur le regroupement. Il repose sur le scrutin proportionnel réintroduit en 1971 en réaction avec le fonctionnement de la SFIO de Guy Mollet. On rappellera que le Parti socialiste SFIO était lui-même passée au scrutin majoritaire à la Libération en réaction aux excès du système de tendance d’avant guerre: il n’y a pas de système parfait. Dans le PS «post Épinay» (1971, même quand il y a initialement une motion majoritaire «large» au départ, elle résulte d’arrangements préalables fondés sur des dosages entre composantes et sous-composantes et la prise en compte de positions personnelles. Tout cela conduit à masquer les contradictions et les oppositions, à chaque fois «dans l’intérêt supérieur de l’organisation». Cet argument peut être fondé à chacun des moments (il y a une concurrence externe virulente), mais il ne permet pas de tracer un projet clair (d’où la distorsion entre des textes de congrès et la pratique). C’est ainsi que le PS — qui avait tous les leviers du pouvoir, Sénat compris, en 2012, et les a tous (ou presque) perdus — a fini par imploser. Le PS de 2017 a donc implosé (et on sait qu’une implosion est suivie d’une dispersion) comme LR s’est rétracté (et continue à le faire). C’est l’effondrement des partis traditionnels qui a permis le succès d’Emmanuel Macron et d’En Marche. On voit bien, chez les socialistes, la volonté de reconstituer ou recomposer la «gauche de gouvernement» occupant un espace qu’elle souhaite de plus en plus important entre La France insoumise et La République en marche. L’élan donné à la gauche radicale par la campagne de Jean-Luc Mélenchon semble laisser la place à un désenchantement. La pratique économiquement libérale du pouvoir actuel peut permettre d’espérer gagner sur l’électorat déçu de gauche qui s’était rallié à Emmanuel Macron.